1675, La naissance de l’ordre des couturières

création du métier de couturière

Sait-on quand à quand remonte la création du métier de couturière? Jusqu’en 1675, seuls les tailleurs s’occupaient de confectionner les habits de gens qui avaient les moyens de les acquérir. Autrement dit, les tailleurs habillaient aussi bien les femmes que les hommes. La profession de tailleur avait d’ailleurs fusionné avec celle des pourpointiers en 1655. Du coup, elle s’était érigeait comme la corporation de la confection par excellence.

Or, en 1675, Louis XIV décide d’octroyer aux femmes le droit d’être vêtues par des personnes du même sexe. C’est d’ailleurs à ce moment-là que le mot « couturière » prend le sens qu’on lui connaît, puisqu’il ne désignait jusqu’en 1675 que les couseuses et les lingères. 1675 est donc la date de la création du métier de couturière.

La création du métier de couturière: les origines

Si la création du métier de couturière date de 1675, il est clair cependant que les couturières ne sont pas brusquement apparues à ce moment-là. En effet, certaines femmes avaient déjà entrepris de coudre des vêtements pour les dames. Or, les tailleurs, très jaloux de leur monopole, leur faisaient une guerre acharnée en les écrasant d’amendes ou en saisissant tout le matériel de leurs ateliers.

La création du métier de couturière sous les auspices des dames de la cour

Face à ce conflit, les grandes dames décidèrent de prendre parti. En effet, elles faisaient souvent appel à des couseuses, plutôt qu’à des tailleurs, pour confectionner leurs habits. Il leur sembla juste, donc, qu’elles puissent exercer leur métier sans crainte d’être inquiétées.

Par conséquent, les dames plaidèrent la cause des couturières auprès du roi qui mit fin à ce désordre. Ainsi naquit, en 1675, la Compagnie des maîtresses couturières, dotée de statuts bien précis, dont voici quelques extraits.

La création du métier de couturière: que peut faire et ne peut pas faire une couturière au siècle de Louis XIV?

Tout d’abord, le premier article de ces statuts délimite le type d’ouvrages que les couturières sont autorisées à réaliser.


« Les maîtresses couturières auront la faculté de faire et vendre des robes de chambres, jupes, justaucorps, manteaux, hongrelines(1), camisoles, corps de jupes. Et tous autres ouvrages de toutes sortes d’étoffes pour habiller les femmes et filles. » (Article 1)

La vie privée D’autrefois: arts et métiers, modes, mœurs, usages des parisiens du XIIe au XVIIIe siècle d’après des documents originaux ou inédits: Serie I-II, d’Alfred Franklin (1894)
Création du métier de couturière: la marchande de mode
La marchande de modes, gravure de Robert Bénard (1769)

Dans les statuts du métier de couturière de 1675, il est également question de ce que peut confectionner une couturière ou pas. Par exemple, on l’a vu, elle peut confectionner tous les habits de femme, mais elle s’abstiendra de réaliser les traînes des robes (Article 1) ou des corsets.

Pas question d’habiller les hommes!

Il leur est également interdit de confectionner des vêtements d’hommes. Elles peuvent habiller les jeunes garçons, mais jusqu’à l’âge de huit ans seulement (Article 2). Après quoi, c’est au tailleur que les garçons confieront leur garde-robe.

Pas question non plus de fréquenter les hommes!

Les statuts définissent aussi qui a le droit d’exercer le métier. Attention, pas question de parité, ni même de mixité dans les ateliers. Et pas question non plus de se rendre des visites de courtoisie! Les articles 2 et 3 sont très clairs là-dessus.


« Les maîtresses couturières ne pourront employer (…) aucun compagnon tailleur, ni les maîtres tailleurs aucune fille couturière. » (Article 2)


« Les maîtres tailleurs n’auront aucune visite chez les maîtresses couturières, ni les couturières chez les maîtres tailleurs. » (Article 3)

La vie privée D’autrefois: arts et métiers, modes, moeurs, usages des parisiens du XIIe au XVIIIe siècle d’après des documents originaux ou inédits: Serie I-II, d’Alfred Franklin (1894)

La création du métier de couturière impose un long apprentissage

En effet, comme pour tous les métiers de l’époque, celui de couturière est constitué en ordre, régi par des règles très strictes. N’entre pas qui veut. Les admises ne le sont qu’au terme d’un long apprentissage et après présentation de leur chef d’œuvre à un jury.

« Aucune fille ou femme ne sera reçue maîtresse couturière, si elle n’a pas été obligée en qualité d’apprentie chez l’une des maîtresses de la communauté pendant trois ans. Et qu’après ceux-ci expirés, elle n’ait encore servi deux ans chez quelqu’une des maîtresses. Après quoi, elle se pourra présenter aux jurées, pour, si elle est de bonne vie et mœurs, être admise à la maîtrise, en faisant un chef d’œuvre tel qu’il lui sera ordonné. » (Article 4)

La vie privée D’autrefois: arts et métiers, modes, moeurs, usages des parisiens du XIIe au XVIIIe siècle d’après des documents originaux ou inédits: Serie I-II, d’Alfred Franklin (1894).

On ne badine pas avec la qualité des ouvrages!

Pas question de faire n’importe quoi. En effet, l’excellence est de mise, aussi bien sur le plan de la confection que de la qualité des matières employées. Et sinon, gare aux amandes!

« Les maîtresses seront tenues de faire bien et dûment les ouvrages commandés ou non commandés. Le tout bien coupé et cousu, de bonne étoffe, (…). De bien mettre, appliquer et enjoliver ce qu’il conviendra pour leur perfection (…), à peine d’amende et des dommages et intérêts des parties. » (Article 11).

La vie privée D’autrefois: arts et métiers, modes, moeurs, usages des parisiens du XIIe au XVIIIe siècle d’après des documents originaux ou inédits: Serie I-II, d’Alfred Franklin (1894)

Saint-Louis, le patron de l’ordre des couturières

On apprend aussi, à la lecture de ces statuts, que le patron des couturières est Saint-Louis. On apprend aussi que la confrérie est établie en l’église des Grands-Augustins (Article 12).

En conclusion

Si les statuts de 1675 protégeaient la création du métier de couturière, les couturières exerçaient leur profession dans un domaine encore limité.

En effet, les tailleurs avaient seuls le droit de confectionner les vêtements ajustés destinés pourtant aux femmes, comme les corsets. Les tailleurs spécialisés dans ce domaine s’appelaient « tailleurs pour femmes » ou portaient encore le nom assez évocateur de « tailleurs de corps de femmes et d’enfants ».


(1) On appelait « hongreline » le corsage ajusté, à longues basques flottantes, que portaient les femmes du peuple et de la campagne par dessus leurs jupes.

Source de l’image à la une: La couturière, de Diego Vélasquez (vers 1643), tirée de Wikipédia. J’ai emprunté la gravure de Robert Bénard, La marchande de modes (1769) au blog www.lamesure.org.


J’ai tiré tous les extraits des statuts des couturières du livre La vie privée D’autrefois: arts et métiers, modes, moeurs, usages des parisiens du XIIe au XVIIIe siècle d’après des documents originaux ou inédits: Serie I-II, d’Alfred Franklin (1894). Pour en faciliter la lecture, je me suis permise d’adapter la langue au français d’aujourd’hui.