La robe volante, la première grande innovation vestimentaire du 18e siècle

la robe volante du 18e siècle

La robe volante du 18e siècle est sans aucun doute un des premiers modèles iconiques de la mode du 18e siècle. En effet, de par ses lignes, elle impose un renouveau vestimentaire. Mais la robe volante du 18e siècle doit aussi sa célébrité à la rupture des codes qu’elle a supposée.

La robe volante du 18e siècle et la Régence de Philippe d’Orléans

C’est au tournant de la Régence que s’opère un bouleversement majeur dans les lignes vestimentaires des femmes de la cour. À la silhouette en sablier, de rigueur sous Louis XIV, succède un modèle de vêtement beaucoup plus ample. On l’appelait alors robe « battante » ou « volante », car il s’inspirait des robes de chambre du siècle précédent.

Le confort avant tout

Le style de la robe volante du 18e siècle se voulait avant tout confortable. En effet, flottant autour du corps, la robe en dissimulait les contours. D’ailleurs, la marquise de Montespan, maîtresse du roi Louis XIV, utilisait cette robe de chambre. Car son but était de dissimuler à la cour les nombreuses grossesses résultant de ses relations adultères avec le souverain.

Une robe volante en damas de soie bleu datant des années 1730. (Christie’s)
Une robe volante en damas de soie bleu datant des années 1730. (Christie’s)

La robe volante du 18e siècle: des lignes flottantes qui choquent

Or, cette mode de la robe de chambre déplaît au départ. En premier lieu, comme on l’avait observé dans l’article sur les transgressions des modes au 18e siècle, parce que le vêtement avait été imaginé pour rester confiné à la chambre à coucher. Une dame pouvait recevoir ainsi dans son boudoir, mais pas question de se montrer de la sorte dans les couloirs du palais.

Une tenue « négligée »…

Ainsi, André Blum, dans son Histoire du costume : les modes au XVIIe et au XVIIIe siècle, rapporte les propos de la princesse Palatine qui n’aimait pas ce modèle.

« Je n’ai plus de cercle parce qu’il est fort rare que les dames à tabouret (1) viennent chez moi, ne pouvant se résoudre à aller autrement qu’en robes battantes. (…) « On a l’air de sortir du lit« .

Histoire du costume : les modes au XVIIe et au XVIIIe siècle, André Blum

… mais aussi fort coûteuse!

Cependant, les critiques ne se focalisent pas seulement sur l’aspect négligé du modèle. On s’inquiète aussi du métrage important de tissu requis pour les confectionner, ce qui en fait un habit très dispendieux.

Les paniers, eux aussi, sont la cible des critiques!

Ruineuse, indécente, la robe volante paraît inadaptée aux codes vestimentaires de la Régence. Mais elle fait aussi scandale à cause des paniers en forme de cloche qui lui donnent son généreux volume. En plus de prendre beaucoup de place, le balancement du panier laissait entrevoir les pieds, voire ses mollets, ce qui choquait beaucoup à l’époque.

Qu’appelle-ton exactement une robe volante, ou battante au 18e siècle?

La robe volante s’inscrit en rupture avec les lignes en sablier du siècle précédent. Elle est donc avant tout « flottante ».

De l’ampleur au niveau du dos

Le volume de la robe est apporté par une large ampleur au niveau du dos. En effet, à cet endroit, où le tissu est monté en fronces ou en plis plats sur l’encolure. D’autre part, sur le devant, la coupe ne souligne pas la ligne de taille. Ainsi, les deux pans de la robe, très larges eux aussi, sont simplement ramenés au centre. Ils recouvrent de la sorte le corps à baleines que l’ouverture des pans laisse entrevoir.

La robe volante tombe des épaules aux pieds et s’évase très largement, à partir de la taille, grâce au panier en cloche. De leur côté, les manches 3/4 sont elles-mêmes assez larges et se terminent par un revers qui laisse apparaître un volant de dentelle.

L’Enseigne de Gersaint, par Antoine Watteau (1720)

L’évolution de la robe volante vers la robe à la française

La robe volante fait fureur entre 1715 et 1730. Mais elle évolue à partir de cette date pour se réajuster aux canons de la beauté féminine. En effet, cuex-ci exigent que les attributs de la femme soient mis en avant. La robe volante va donc se resserrer au niveau de la taille et mettre davantage la gorge en évidence. Elle devient une robe à la française et retrouve la silhouette en sablier que l’on avait abandonnée en 1715.

« (…) poitrine saillante, taille fine et hanches volumineuses, tels sont les atouts d’une belle femme. Les attributs sexuels secondaires sont mis en avant car ils témoignent de la fonction reproductive de la femme. Le milieu du XVIIIe siècle voit donc apparaître la robe à la française, qui conserve les plis plats sur l’encolure du dos et la traîne arrivant jusqu’aux pieds, mais qui perd son ampleur ( tant au niveau de la coupe à la taille, qu’au niveau des paniers ) et devient plus ajustée. »

La robe en France, 1715 – 1815 : nouveautés et transgressions. Charlotte Stephan

Taille resserrée et hanches élargies

Portée sur des paniers qui s’élargissent, parfois démesurément, sur les côtés, profusément agrémentée de fleurs et de falbalas, cette robe à la française rentre dans le rang des conventions protocolaires. Ainsi, elle deviendra la robe de cour par excellence à Versailles, jusqu’à la Révolution.


Notes: Avoir le « tabouret » est, à la cour de France sous l’Ancien régime, pour les femmes titrées le droit d’être assises devant la reine, sur un tabouret. Cet avantage, apparu sous Louis XIII, n’est pas de confort. Il est l’une des préséances les plus convoitées par les grandes maisons. L’obtention du tabouret est souvent le fruit d’intrigues, la concession du tabouret à une maison provoque des jalousies et des contre-intrigues. Wikipédia.


Source des images: Image à la une: Assemblée dans un parc, par Jean-François de Troy (1731), tirée de Pinterest. La robe volante en soie bleu vient du site de Christie‘s. L’Enseigne de Gersaint, par Antoine Watteau (1720) est tirée de Wikipédia, de même que les trois autres tableaux de Jean-François de Troy.

Source des textes:

  • André Blum. Histoire du costume : les modes au XVIIe et au XVIIIe siècle, Ouvrage illustré de 210 reproductions en couleurs et en noir. Hachette. 1928
  • Charlotte Stephan. La robe en France, 1715 – 1815 : nouveautés et transgressions . Art et histoire de l’art. 2014