Le trou

Côté Jardin, le trou

            « Pourquoi  il n’y a rien dans les trous ? » demanda un jour une petite fille de trois ans  en levant vers sa maman  une paire d’yeux couleur d’océan. La maman  ne sut pas répondre mais demeura à jamais traumatisée par la métaphysique  des trous.

     En effet, quoi de plus inhumain, de plus inexistant, de plus atroce qu’un trou ? Synonyme de gouffre, de prison, d’antre pour bêtes peu recommandables, de lieu perdu au milieu de nulle par-y compris dans l’espace-, Le trou a très mauvaise réputation. C’est le moins que l’on puisse dire…

      … Mais s’il survient au théâtre, c’est pire que tout. Surtout à une époque où les souffleurs se font rares.

        Prenons par exemple la célébrissime tirade dans « Horace »,  connue dans le milieu (du théâtre) sous le nom des «  quatre Rome ».

       Cette actrice, actuellement en scène, la sait bien sûr sur le bout des doigts, de la langue et du cœur. Elle l’a répétée des centaines de fois avec toujours plus de justesse et de conviction. Et voilà qu’aujourd’hui, lors de la sixième représentation- alors que tout est désormais parfaitement rôdé- voilà donc que passés les fameux quatre premiers vers, le cinquième « Puissent tous ses voisins ensemble conjurés », avant que d’être prononcé, disparait soudainement. La mémoire, comme par magie, n’en garde aucune trace.

Comment ? Pourquoi ? Nul ne le sait. On peut, sans trop d’efforts, imaginer le désarroi, la terreur de la pauvre Camille bloquée dans son élan tempétueux !! (Que l’on se rassure ! Par bonheur, son frère Horace, interprété par un acteur du Français, pourra habilement souffler à sa pauvre sœur le vers séditieux).

     N’empêche, les conséquences de ce trou auraient pu être catastrophiques….

… comme dans l’atelier de la Serraspina, d’ailleurs. Un, à plus fortes raisons des trous dans l’étoffe d’une robe ! Mais c’est l’horreur, le désespoir, sauf…

     Sauf, – mais dans ce cas, on les appelle des jours- si ce sont ceux de la dentelle.