L’origine des robes à paniers

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L’origine des robes à paniers remonte au temps de la Régence de Philippe d’Orléans. En effet, à la mort de Louis XIV, le 1er septembre 1715, un air de renouveau commence à souffler sur la cour. Le Roi Soleil semble avoir emporté avec lui, au terme d’une longue et sombre agonie, la rigidité protocolaire qu’il avait imposée à Versailles.

La Régence de Philippe d’Orléans se veut bienveillante. Les femmes notamment ressentent l‘envie de se voir autrement, plus libres, plus désirables. Avec la Régence (1715-1723) donc, arrive à la cour un nouveau code vestimentaire dont les évolutions vont marquer tout le 18e siècle.

Les robes à paniers: un renouveau des codes vestimentaires

La libération des esprits, voire des mœurs, sous la Régence ne signifie pas que les corps vont se débarrasser des artifices qui les modèlent. Les corsets à baleines sont toujours là. Ils redessinent la silhouette en contraignant les chairs. Tout est fait pour adopter la forme dictée par les canons de l’époque.

Mais au corset vient s’ajouter un nouvel accessoire, les paniers, visant à réaliser l’effet inverse du corset. Ainsi, si ce dernier étrangle l’abdomen, les paniers, eux viennent amplifier les hanches.

L'origine des robes à paniers

Le phénomène n’est pas nouveau. Les vertugadins espagnols de la Renaissance avaient déjà cette fonction. Mais le 17e siècle avait freiné cette tendance. Les hanches avaient perdu de leur ampleur. La silhouette en sablier s’était assagie… pas pour longtemps!


Une origine discutée

L’origine des robes à paniers fait débat. Les actrices de théâtre, qui bien souvent dictaient la mode, pourraient avoir été les premières à en porter sur scène. Cet artifice aurait mis en valeur leur personnage.

Mais on parle aussi d’une origine anglaise. Le panier aurait été inspiré par le hoop petticoat. Il s’agit un ustensile en osier de forme conique sur lequel on étalait les jupes pour les faire sécher.

Des paniers de toutes sortes

Dans son Histoire du costume, André Blum dénombre plusieurs sortes de jupes On trouve les criardes. Il s’agissait de jupons en épaisse toile gommée qui crissait lorsqu’on la froissait. On a ensuite les paniers à coupoles ou à guéridons. On trouve également des paniers à coudes, suffisamment hauts pour qu’on puisse y reposer l’avant-bras. On a enfin les considérations, que l’on portait le matin.


Aussi encombrants qu’incommodes!

Le volume énorme qu’apportaient ces cloches à la silhouette ne facilitait pas les choses dans la vie de tous les jours. Ainsi, André Blum, toujours dans son Histoire du costume, rapporte:

« Ils étaient incommodes surtout quand il fallait les faire entrer dans des carrosses ou des chaises à porteur dont la porte était assez étroite. »

Le transport était donc compliqué, mais les choses ne s’arrangeaient pas lorsqu’on arrivait à destination. Pour occuper son fauteuil au théâtre, par exemple, c’est tout un problème:

« [les paniers] empêchaient les femmes de s’asseoir sur des fauteuils qui n’étaient pas assez larges (…). Quand la reine allait au théâtre, les paniers des princesses la couvraient. Comme l’étiquette exigeait leur présence et ne leur permettait pas d’éclipser la souveraine, le cardinal Fleury fit laisser un fauteuil vide de chaque côté. Les princesses demandèrent à leur tour même distance entre elles et les duchesses, ce qui provoqua une manifestation des ducs ».

L’évolution des paniers au cours du 18e siècle

L'origine des robes à paniers
L'origine des robes à paniers

Le panier en forme de cloche de la Régence changera de forme à partir de 1750. En effet, on le remplacera par un dispositif consistant en deux parties en toile de chaque côté du corps. On fixait ces paniers par-dessus les bourrelets du corset, au niveau des hanches.

Les robes à paniers, objets de toutes les critiques

L’Encyclopédie de 1765 donne une définition précise dans son article PANIER (mode). Il y est notamment question d' »encouragement à la débauche »!

PANIER, (Mode): Ce vêtement a scandalisé dans les commencements : les ministres de l’Eglise l’ont regardé comme un encouragement à la débauche, par la facilité qu’on avait au moyen de cet ajustement, d’en dérober les suites. Ils ont beaucoup prêché ; on les a laissé dire, on a porté des paniers, et à la fin ils ont laissé faire. Cette mode grotesque qui donne à la figure d’une femme l’air de deux éventails opposés, a duré longtemps, et n’est pas encore passée : elle tombe. On va aujourd’hui en ville et au spectacle sans panier, et on n’en porte plus sur la scène, on revient à la simplicité et à l’élégance ; on laisse un vêtement incommode à porter, et dispendieux par la quantité énorme d’étoffe qu’il emploie.

Robe de cour de 1750, National Museum Scotland

L’Encyclopédie parle d' »encouragement à la débauche ». En effet, les paniers ne se contentaient pas de suggérer des formes de hanches plantureuses. Ils laissaient aussi voir les pieds, cachés jusqu’alors. Enfin, ils créaient un espace caché sous la jupe, ce qui troublait grandement les bonnes âmes.

L’Encyclopédie parle également de « mode grotesque ». Effectivement, les paniers ont fait l’objet de bon nombres de gravures au 18e qui ridiculisaient cette mode. En fait, les très larges paniers n’étaient réservés qu’aux cérémonies de la cour.

Mais en déclarant que cette mode « tombe », l’Encyclopédie va un peu vite en besogne. En 1765, le panier a encore de quelques jours devant lui. Bientôt d’autres modèles vont venir lui disputer les faveurs de la cour. Mais ça, c’est une autre histoire.